الثلاثاء 12 ديسمبر 2017
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Sahbi Bouchikhi: la critique n’a aucun impact sur le succès d’un film, de ce fait elle ne peut orienter le cinéma marocain

?Question 1:  Peut-on parler d’une évolution du cinéma marocain? Si oui comment

Allal Sahbi Bouchikhi :Chef Monteur

Oui,  on peut dire sans hésiter que le cinéma marocain a beaucoup évolué,  aussi bien qualitativement que .quantitativement

Depuis quelques années déjà,  il connaît un rythme de croissance régulier.  Il est révolu le temps où notre cinématographie se ramenait à une moyenne d’un film et demi par an ! Le Maroc était à la traîne régionalement  et sur le plan continental.

Aujourd’hui, grâce à la politique d’aide à la production instaurée depuis les années 1980, il est en position de leadership aussi bien sur le plan maghrébin qu’arabe, avec une production qui dépasse 25 films de long métrage par ans. Le court métrage bénéficie également de cette embellie.

Il faut souligner qu’on est passé de près de 3 millions de dirhams en 1988 à plus de 70 millions en 2015. Et on .espère atteindre bientôt les 100 millions

 Depuis quelques années, il s’est, également, beaucoup amélioré techniquement et artistiquement, et montre un nouveau visage en matière de production mais aussi en termes de renouvellement de génération avec l’arrivée de ce qu’on appelle les jeunes cinéastes et l’éclosion de jeunes réalisateurs qui ont suivi des formations académiques au Maroc et à l’étranger.

Chez les nouveaux cinéastes, pour qui, les sujets parfois dérangeants, la forme et la mise en scène sont aussi des moyens de se démarquer, il existe une véritable réflexion autour de l’esthétique cinématographique.

 La multiplicité des festivals qui sont une occasion de faire connaître la production marocaine mais aussi d’autres cinémas est un facteur important qui participe, aussi, à ce nouveau souffle.

  ?Question 2: Est-ce que le cinéma marocain exerce une influence sur la société marocaine 

  “Le cinéma étant un miroir pour  la société, la société, miroir pour  le cinéma”, on peut penser qu’il influence la société de façon positive et négative.

Celui ci permet la socialisation  de  l’individu, un enrichissement dans le domaine de la culture, dans le cadre politique ou celui de l’actualité quotidienne et bien d’autres. Il agit comme un “miroir” pour la société. Tout en retraçant certaines réalités, avec un mélange d’imagination, le cinéma  nous permet de mettre en évidence l’évolution des multiples comportements déviants afin de sensibiliser les spectateurs. Mais pour être influant, un film doit être vu.

 Et là, force est de constater qu’au Maroc très peu de gens ont accès au cinéma. On assiste à ce paradoxe : Plus de films pour moins de salles. Le nombre de films produits par le Maroc a augmenté de 70% entre 2004 et 2015 pour un investissement qui a quasiment été multiplié par deux ; sur la même période le nombre d’entrées a chuté de 70%. En 1985, le Maroc comptait 247 cinémas. Leur nombre a régulièrement baissé pour atteindre une trentaine aujourd’hui.

La désaffection des salles au Maroc appartient cependant à un phénomène plus large qui dépasse ses frontières. La concurrence des films diffusés par les chaînes satellite est effectivement la première cause de désintérêt pour les cinémas. Vient ensuite la multiplication des DVD piratés. Donc, même sur petit écran, le marocain voit beaucoup plus de films étranglés.

 Et comme la société marocaine ne se limite pas à certains privilégiés, je ne pense pas qu’elle soit influencée par le cinéma marocain malgré l’engouement du public  pour la production nationale. La télévision par contre exerce une influence certaine.

Question 3: Est-ce que la critique cinématographique a un impact sur le cinéma marocain?   Autrement dit, est-ce qu’elle l’oriente?

 Il faut rendre hommage à nos cinéastes qui nous donnent à rêver, mais aussi aux critiques sans qui la production cinématographique n’existerait pas. Son impact psychologique est important, pour  la volonté de faire, de continuer et de progresser.

 La critique d’art s’inscrit a priori dans une approche esthétique, poétique et culturelle. Elle tente de repérer la nouveauté dans une œuvre.

Le propre de la critique est de distinguer en évaluant en vue de signifier. Il est normal qu’elle soit le pendant de la production artistique, mais la critique publique est précieuse. Toute critique est bienvenue quand elle se respecte, c’est-à-dire quand elle aborde l’œuvre en tant qu’œuvre.

 Compte tenu de la quasi- inexistence au Maroc des publications grand public consacrées au cinéma et du  nombre très retreint des lecteurs de celles qui existent, on peut dire que la critique n’a aucun impact sur le succès d’un film, sauf  pour une frange minuscule de cinéphiles avertis; de ce fait elle ne peut exercer aucune influence ou orienter le cinéma marocain .

 C’est surtout l’article de presse et l’édition des articles de cinéma, or les discours sur le cinéma ne sont pas seulement du domaine de l’écrit : il faut s’intéresser aux foyers critiques que sont une émission de télévision, un matériel de promotion, les documentaires sur les cinémas, les interviews, les festivals. Une sélection pour un festival est déjà une position critique vis-à-vis du film.

 Aujourd’hui, la critique a bien moins de poids. Beaucoup de films, descendus par la critique, ont été encensés par le public qui, grâce à bouche à oreille, lui a permis d’accéder au succès. L’inverse est également vrai.

 Je partage l’avis de ceux qui, comme Mohamed Gallaoui, pensent que La critique marocaine est en crise. Il faut une critique de la critique. Souvent quand un critique marocain aborde un film étranger il le fait avec une rigueur scientifique et toute rigueur disparaît face au film marocain : c’est davantage l’aspect subjectif  qui domine. Certains vont jusqu’à  affirmer : «  nous n’avons pas de critique, nous avons que des gens qui écrivent sur le cinéma ».

 Mais la citrique émanant de gens qui maîtrisent la culture cinématographique est indispensable,  car il s’agit d’une activité rationnelle de distinction, d’évaluation et de jugement mais aussi une activité instauratrice de valeurs, éventuellement programmatique : aider au développement du goût, oser proposer des valeurs différentes.

Souhaitons au cinéma marocain une critique qui lui fasse profiter de sa culture pour l’orienter.  Le public apprécie des critiques sévères mais quand elles sont argumentées et ne tombent pas dans la destruction systématique !

En évoquant le cinéma marocain, on ne peut s’empêcher d’évoquer des noms qui ont marqué à travers leurs signatures, l’histoire cinématographique marocaine et continuent à satisfaire leur public au moment où d’autres déçoivent.

Ceci étant, le Maroc peut se réjouir de compter parmi sa filmographie des films honorables  et des cinéastes, .nombreux, à porter haut ses couleurs

Propos recueillis par Souhaila Malha

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