الثلاثاء 12 ديسمبر 2017
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Tanger: Paysage/Paysages: nouvelle exposition de l’artiste-peintre Mahacine Al Ahrach

Après une exposition récente à Casablanca et à Tétouan, l’artiste -peintre Mahacine Al AHrach revient à Tanger, sa ville natale,  pour une nouvelle exposition  qui a pour  titre ” Paysage et Paysages”,  à partir du 24 novembre jusqu’au 13 décembre 2017,  au Centre culturel Ibn Khaldoun.

Mahacine Al Ahrach est  l’une des figures artistiques  féminines  remarquables de notre pays. Elle s’est imposée au fil d’un parcours considérable ,  jalonné de succès et  marqué, notamment,  par  des études  à l’Institut national des Beaux-Arts de Tétouan de 2001 à 2005, et en parallèle,  par d’autres formations, entre autres un stage à l’atelier de gravure organisé par l’Institut français du Nord, et un autre atelier de peinture organisé par l’Institut Cervantès de Tétouan. Ce qui lui a permis d’entrer à la peinture par sa grande porte.

Quand on observe la  peinture d’Al Ahrach qui a déjà à son actif une myriade d’expositions au Maroc et à l’étranger, notamment  en Espagne,  on constate qu’il y a chez elle une attirance pour le visage et le paysage qu’est le thème de cette nouvelle  exposition.

 En effet, l’œuvre picturale de Mahacine Al Ahrach est essentiellement constituée, en tout cas jusqu’à maintenant, de ces deux genres picturaux, après un début consacré à l’art figuratif.

Pourquoi ce choix artistique? Quels sont les caractéristiques plastiques de chaque choix? Quel rapport y a-t-il entre le visage humain et le paysage?

Peinture visage

Cette première catégorie picturale donne  à voir des visages mélancoliques, désenchantés et généralement, avec des yeux ouverts,  d’où une mise en valeur du thème du regard, renforcée par le gros plan qui donne une grande dimension à ces figures, dominant presque tout l’espace de la toile.

Que voit le regard? Que regarde-t-on dans les yeux? Dans le visage?

  En général, le regard interpelle l’observateur, lui rend ses rêves ou ses hantises.

Quand un artiste choisit le thème du regard, il se livre en fait à un double jeu: il regarde en tant que créateur et se met également en position de l’observateur, en dehors de son œuvre achevée.

Sur ce plan, les toiles de Mahacine laissent entendre cette phrase-clé du célèbre roman de Jules Verne, intitulé Michel Strogoff: “Regarde de tous tes yeux, regarde“.

 Les visages de Mahacine créent  un univers où alternent  beauté et souffrance.  La beauté est exprimée d’une part , par les yeux,  grands ouverts et scintillants, d’autre part, par la sensualité que dégagent les lèvres.

La souffrance est rendue visible par le choix  de couleurs mi-sombres et mi-optimistes, où domine le rouge, une couleur puissante, symbole de vie, de feu et de cœur.  Mais c’est aussi une couleur qui possède une ambivalence symbolique, en ce sens qu’elle (notamment  la couleur pourpre) revêt une signification funéraire. Ainsi, si elle est profonde ou cachée, elle est la représentation de la vie, alors que si elle est répandue (comme le cas ici), elle signifie la mort[1].

Dans cette perspective,  ces regards semblent savourer leur solitude, leur repli sur soi, leur volonté de renoncer à la vie manifestée surtout par les yeux clos et déviée par l’emploi de couleurs claires.   Ces regards s’interrogent et interrogent. Ils traduisent nos préoccupations existentielles. En d’autres termes, nous sommes dans la tourmente au lieu de la paix ou la sérénité.

Malgré la dominance des tons sombres qui plongent l’observateur dans une atmosphère morose,  il y a un bonheur à contempler ces toiles,  car elles expriment un langage poétique déchirant.  Maupassant a saisi ce paradoxe: “La chose la plus affreuse et la plus répugnante peut devenir admirable sous le pinceau ou sous la plus d’un artiste[2].

Par ailleurs, ces visages possèdent une empreinte personnelle forte,  consolidée par leur attitude frontale et verticale qui garantit  leur présence et leur grandeur. Autrement dit, ils ne sont pas écrasés ni par l’espace ni par son ambiance.

Certes, ces toiles réduisent l’individu à un regard, à une tête. Le visage n’est pas chair ou corps ou bien matière mais une expression, un trait, un sentiment, un fragment de vie fugitif.  Mais, elles sont sublimes dans la mesure où ces visages donnent l’impression qu’ils tentent  de renaître des cendres, de sortir du néant.

En outre, ces visages se caractérisent  par le dédoublement, voire l’androgynie. Le dédoublement est un signe du dit et du non-dit, d’introspection et d’extrospection puisque le Moi est double. C’est aussi un signe de  vie et de mort, un va-et-vient entre ces deux mondes opposés. Il est également une invitation à la rêverie évoquée par le flou qui émane des regards.

C’est ainsi que  ces visages s’assemblent et s’éloignent, s’individualisent et se dédoublent pour créer moult sensations et diverses interrogations sur l’homme, le monde, la vie et sur la mort.

Il est clair donc que ces toiles sont perçues à la fois  comme une invitation à sonder les profondeurs de l’âme de l’artiste et comme un acte d’exorciser ses angoisses et ses maux d’existence.

Ainsi, chaque toile est le fruit d’une lutte contre l’acharnement de la vie, contre les peines, contre le temps qui nous vole doucement la vie. Chaque toile est le reflet d’un conflit entre l’être et le paraître, entre les lumières et les ténèbres, entre la révolte et la soumission d’où d’ailleurs la mise en exergue du thème du double.

Peinture paysage

Un autre aspect majeur de l’œuvre de Mahacine réside dans sa série des paysages.

D’emblée, ce qui frappe dans cette série, c’est le jeu de couleurs et de lumière: des couleurs en mouvement, rythmées et ondoyantes, des couleurs chaudes où prédomine le rouge,  mais contrairement aux visages où le rouge symbolise le repli sur soi ou la mort, ici il suggère la vie ou l’ardeur de vivre.

Aussi,  des tons lumineux et vibrants qui évoquent  parfois des symphonies bien colorées et qui expriment une sorte de recherche (ou de désir) de saisir l’instant fugitif  par  la couleur qui le représente et la lumière qui l’éclaire.

Au-delà de leur apparence, les paysages d’Al Ahrach ont un visage, un regard , une présence et  une âme.  Les couleurs y correspondent entre elles et  les éléments naturels semblent émettre des sons, des paroles, pour créer une symbiose parfaite. Cette correspondance transmet des messages existentiels et reflète des états d’âme que le spectateur est invité à déchiffrer et à dévoiler.

Ce qui frappe également dans ces paysages tantôt blasés, tantôt enchanteurs, c’est la diversité des tons et des  lignes (verticales, horizontales, courbes) et parfois ondulées, à l’image d’une mer agitée, ou tel un tourbillon de la vie qui nous emporte.

Par ailleurs, on a l’impression que ces paysages sont formés de strates et chaque strate constitue un monde différent de l’autre, un monde qui a ses propres caractéristiques plastiques.  Des univers qui varient  d’un plan à l’autre (le cadre) et qui subissent les caprices des états d’âme de l’artiste (le fond).

S’offrant  au contemplateur comme des spectacles envoûtants, ces paysages sont dominés par  une mise en scène des horizons, notamment des horizons ouverts qui nous transportent vers l’infini. Et on dirait que le regard  de notre artiste s’infiltre entre les différentes dimensions de ces horizons peints avec minutie et finesse. Des horizons où l’homme est quasi absent comme pour signifier son écrasement par l’existence.

Sur ce plan,  il faut dire que chez Mahacine, et contrairement à certains peintres marocains, l’horizon, quoique cadré, demeure ouvert, comme si la toile doit rester inachevée, tout comme le  processus de la création, ou celui de la perception et de l’interprétation . Cela dénote une maîtrise remarquable de la peinture paysage et de sa technique, mais aussi l’affirmation d’une sensibilité artistique nouvelle,  d’un style nouveau qui s’est forgé par le travail et par la recherche.

D’un paysage abstrait à l’autre, l’œil ne se lasse pas,  chaque œuvre l’émerveille, lui offre un voyage  particulier qui possède sa propre harmonie, sa propre composition et son propre sujet. Et chaque périple  procure  au “voyageur” des impressions différentes et des évasions impressionnantes. C’est dire combien cette œuvre, qui enrichit le paysage artistique marocain,  est sincère et se regarde avec un immense plaisir.

On en déduit que Mahacien al Ahrach est une paysagiste par excellence. Elle trouve dans ce genre pictural  sa plénitude. L’artiste y livre une vision subjective et lui redonne ses lettres de noblesse dans une époque où l’on embrasse la technicité et on oublie le fond, l’âme de la création.

La peinture que nous montre Mahacine Al Ahrach est donc domptée par la vision esthétique de l’artiste.  Puissante, éblouissante et génératrice d’images et de métaphores, son œuvre émane de l’âme d’une vraie artiste. Et  pour le rappeler, le  rôle de l’artiste est de faire percevoir l’invisible, l’impalpable et le fugitif, aussi bien dans un visage qu’un paysage.

Conclusion

Enfin, nous avons la certitude qu’à travers cette exposition qui va réjouir le public tangérois, Mahacine Al Ahrach apporte  non seulement un nouveau regard sur la vie et sur le quotidien,  mais également une nouvelle vision de l’art, teintée d’une touche extrêmement féminine.

Oui!  la mythologie nous raconte que le premier artiste fut une femme: Kora, fille du potier Dibutade qui dessina l’ombre de son fiancé sur le mur de sa maison , avant le départ de celui-ci pour la guerre[3].

 

Mustapha Taleb

critique

 

[1] – Jean Chevalier,  Alain  Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, éd. Robert Laffont, 1982, p. 831.

[2] – Guy de Maupassant, Au salon chroniques sur la peinture, éd. Balland, 1993, p. 81.

[3] – Magazine Univers des arts, n°11, novembre 1995.

 

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